Axe Transversal

 Préambule

La production scientifique de l’équipe MHAPS présente un certain nombre de travaux pertinents pour l’étude des troubles musculo-squelettiques (TMS) dans une approche transversale aux 3 axes thématiques de MHAPS. Cette recherche multidisciplinaire participe notamment à l’adossement recherche d’un certain nombre de formations de l’UFR STAPS pour un public varié (STAPS, rhumatologues, neurologues, kinésithérapeutes, chiropracteurs, ostéopathes).

 1- Épidémiologie des troubles musculo-squelettiques

Les troubles musculosquelettiques représentent 80% des maladies professionnelles pour les actifs du système général et constituent donc un enjeu majeur de santé dans les pays industrialisés. Malgré les efforts effectués ces dernières années ces conditions ne cessent de croître. Il est donc important de mieux connaître la prévalence, l’incidence ou l’évolution naturelle des TMS (Leboeuf-Yde et al. 2014 ; Chéron et al.,2017, in BMJ Open) et d’en identifier les causes et les prédicteurs afin mettre en place des actions thérapeutiques ou préventives efficaces. Pour ce faire, il est important d’identifier des facteurs modifiables jouant un rôle dans le développement ou la prévention des TMS, comme c’est le cas pour l’endurance musculaire (Lardon et al. 2015) ou les activités sportives (Chéronet al.2016).

2- Compréhension et modélisation du système musculo-Squelettique

Malgré les méthodes de prévention existantes, la proportion des TMS dans les maladies professionnelles est en constante évolution. Il apparaît dès lors primordial de mieux comprendre le fonctionnement du système musculo-squelettique, que ce soit en situation expérimentale (Bonneau et al., 2014) ou écologique (Vignais et Marin, 2014), afin d’appréhender les mécanismes à l’origine de la survenue d’un TMS. Les techniques d’imagerie représentent des outils efficaces pour évaluer l’étendue des atteintes osseuses (tomodensitométrie) ou des parties molles (tendons, tissus conjonctifs) à l’aide d’outils non-invasifs (imagerie par résonance magnétique, échographie) (Dubory et al., 2015 ;  Ohl et al., 2015). Les adaptations corporelles associées à un TMS peuvent également nous renseigner sur la manière de mieux accompagner son traitement (Pierrart et al., 2015). Des études comportementales sont notamment menées sur l’influence d’une réduction de la mobilité de la chaîne posturale sur la capacité du SNC à générer des ajustements posturaux efficaces, pour l’initiation de la marche et le pointage (Delafontaine et al., 2015 ; Cusin et al., 2016).

Par ailleurs, des outils de modélisation musculo-squelettique permettent aujourd’hui d’investiguer les pathomécanismes anatomiques des TMS de façon non invasive, notamment au niveau des membres supérieurs (MacIntosh et al., 2014). Enfin, un modèle biomécanique du corps humain a été développé afin d’évaluer les liens entre raideur globale, mobilité articulaire, stabilité et performance motrice, et de mettre en évidence le développement de stratégies posturales spécifiques, pouvant être à l’origine à plus ou moins long terme de l’apparition de TMS (Yiou et al., 2016).

 3- Perception et jugement des douleurs liées aux TMS

Les personnes atteintes de TMS font l’expérience de nombreuses douleurs. La perception et le jugement de ces douleurs par un observateur (e.g., un clinicien, un collègue de travail) sont liés à un processus complexe de reconnaissance et d’intégration des expressions verbales et non verbales caractéristiques de cette douleur (cf. Craig, 2015). Nos recherches ont ainsi soutenue la théorie de l’intégration de l’information (Anderson, 1981, 1996) comme cadre d’analyse des processus cognitifs à l’oeuvre dans le jugement de l’intensité des douleurs de patients souffrant d’affections neuromusculaires (e.g., lombalgies, Courbalay et al., 2015, 2017). Par ailleurs, la littérature scientifique reconnaît l’existence d’une variabilité interindividuelle dans le jugement de la douleur d’autrui (Goubert et al., 2005). Nos travaux ont ainsi examiné quels étaient les facteurs pouvant expliquer ces différences interindividuelles, en s’intéressant notamment au rôle des dispositions psychologiques (e.g., la personnalité, Courbalay et al., 2015) et de l’expertise (Prigent et al., 2014).

4- Prévention et prise en charge des TMS

Dans l’approche proactive, lorsque l’environnement ne peut être modifié, l’apparition de troubles musculo-squelettiques peut être prévenue en assistant l’opérateur lors de son activité. De nouvelles technologies telles que les exosquelettes peuvent fournir ces solutions d'assistance. En collaboration avec le CEA-LIST, des travaux sont actuellement en cours pour optimiser les interactions entre un utilisateur/opérateur et un exosquelette de membre supérieur à partir d’analyses ergonomique et biomécanique. Par ailleurs, une étude a investigué les éléments normatifs liés à l'utilisation de dispositifs d'assistance à la mobilité en cas de handicap chez une large population de jeunes valides (Parant et al., 2016).

La prise en charge des TMS doit encore être améliorée (Bussières et al. 2014). Des projets sont actuellement en cours pour développer les connaissances concernant les différentes thérapeutiques et plus spécifiquement celles concernant la manipulation vertébrale. Un premier projet a pour but de déterminer l’effet des manipulations vertébrales sur l’activité neurologique autonome tandis que le second évalue l’impact de cet acte thérapeutique sur le seuil de perception douloureuse. Notre équipe de recherche participe également, en collaboration avec l’Institut Franco-Européen de Chiropraxie (IFEC) à la construction d’une base de données sur les caractéristiques psychologiques et fonctionnelles des personnes atteintes de lombalgies non spécifiques et aux bénéfices potentiels d’une prise en charge chiropratique.