Axe2: Sport et dynamiques sociales

 Thème 1 : Politiques locales, dynamique des territoires, et distribution sociale des pratiques

Enseignants-Chercheurs: Charrier, Djaballah, Hautbois

Cet axe de recherche appréhende les processus qui permettent aux pratiques, aux organisations et aux projets sportifs de devenir de véritables outils de développement économique et social des territoires. Une attention particulière est portée aux territoires « contraints », territoires urbains ou ruraux en difficultés n’ayant pas « d’avantages comparatifs » marquants. (Charrier et Jourdan J. 2015).

Il s’agit de développer une analyse socio-économique des « dynamiques sportives locales » définies comme une « alchimie singulière articulant les spécificités techniques, sociales et culturelles des activités sportives et artistiques aux contextes locaux (population, histoire sportive, culture spécifique, etc.), aux configurations d’acteurs publics et associatifs (et relevant de secteurs différents) et aux volontés politiques déployées sur les territoires ».(Charrier, Jourdan, 2014) , (Djaballah, Hautbois et Desbordes 2012 ) , (Djaballah, Hautbois et Desbordes 2015 )

A partir de ce cadre conceptuel, deux thématiques, l’impact économique et social des événements sportifs ; l’utilisation des activités sportives et artistiques à des fins d’éducation, de prévention, d’animation et d’insertion en « territoires contraints » et notamment dans les quartiers relevant de la politique de la Ville, sont privilégiées. Ces travaux sont fondés sur une analyse comparée de situations contrastées, étudiées dans le cadre des recherches empiriques contractuelles ou doctorales (7 thèses en cours).

 A titre d’exemple, l’étude menée sur les impacts sociaux avant, pendant et après l’Euro 2016, en partenariat avec l'association nationale des directeurs et intervenants

d'installations et des services des sports/Ile-de-France permet d’analyser, aux différents niveaux de collectivités locales engagées dans l’étude (conseil départemental de Seine Saint Denis, villes de Paris et Saint Denis - Plaine Commune), les conditions, d’une part de l’acceptabilité sociale des grands événements sportifs par les habitants-électeurs-contribuables et, d’autre part, de la capacitation territoriale. (Charrier 2016)

Un deuxième exemple s’inscrit également dans le cadre de l’Euro 2016. Au travers des cas de deux grandes villes françaises, hôtes de la compétition (Lille et Lyon), une analyse comparative est menée afin d’évaluer la manière dont la population locale perçoit l’image de sa ville. Il s’agit en particulier de voir si la perception (positive ou négative) que cette population a de l’Euro 2016 a un effet sur l’image perçue de la ville.

Un troisième exemple concerne la participation au processus de capitalisation autour du projet de développement des pratiques sportives initié par la FSGT dans les territoires palestiniens. L’étude (2015-2018) analyse notamment le « jeu des acteurs » internationaux et locaux, les conditions d’accès des femmes aux pratiques et à l’espace sportif public et les mobilités induites ainsi que l’influence des contraintes spatiales, sécuritaires et socio-culturelles sur les pratiques sportives.

Ces travaux renvoient à deux hypothèses principales :

La première concerne la portée explicative des contextes locaux : caractéristiques socio-démographiques des populations, histoires locales, mémoires des territoires, des volontés politiques, etc. construisent partout des configurations d’acteurs spécifiques et des alchimies locales singulières…discréditant toute recherche de modèles ou de « bonnes pratiques » qu’il suffirait de repérer et de dupliquer.

La seconde postule la spécificité des dynamiques locales en « territoires contraints ». Les différentes études empiriques réalisées dans des territoires montrent comment et pourquoi ces territoires peuvent aussi constituer des lieux d’adaptation, d’anticipation voire d’innovation sociale.

Sur ces deux hypothèses, deux autres publications récentes sont à signaler :

-        Lapeyronie et Charrier, (Ouvrage collectif sous la direction de). (2014). Les politiques sportives territoriales. Savoirs et questionnements. Éditions Kréaten.

-        Charrier D, Jourdan J. (A paraître en 2017). Développer un territoire à faible potentiel par la reconversion de carrière en base « Sport-Nature » ? Territoires en mouvement.

Thème 2 : Sports, transformations et dynamiques sociales

 Enseignants-Chercheurs : Bohuon, Henaff- Pineau, Kemo-Keimbou

Cet axe de recherche envisage les pratiques physiques et sportives comme analyseur(s) des transformations et évolutions sociales, culturelles et politiques dans une perspective sociologique et socio-historique. Il envisage parallèlement les activités physiques et sportives comme des formes culturelles originales, dont il s’agit d’analyser la structuration institutionnelle, les espaces et les temporalités dans lesquels ces formes se déploient, (espace du loisir, du haut niveau, espace scolaire, variables selon les époques), les modalités de pratiques par lesquelles des pratiquant-es pluriel-les les expriment, ainsi que les enjeux sociétaux tels la santé, l’éducation, le genre, la performance, etc. qu’elles véhiculent.

En définitive, le sport comme marqueur d’une modernité, permet d’analyser la société au sens global, mais il permet également des analyses plus fines, plus approfondies, du local à l’international, autour de ses différentes formes et institutions.

Il s’agit donc de développer une perspective de recherche qui permet de mettre en évidence, simultanément, les transformations et évolutions sociales révélées et favorisées par le sport, et les transformations du sport engendrées par des évolutions sociales.

Cette  double lecture, dépassant la classique opposition micro-macro qui ne suffit pas à rendre compte de la complexité des phénomènes sociaux et des façons de les appréhender, implique 2 grands angles de recherche qui se complètent.

1. Les  pratiques physiques et sportives comme analyseur des rapports sociaux, reflètent et/ou même créent, dans ces travaux, des représentations, des catégorisations sportives qui naissent et prennent sens dans un contexte social, imbriquées dans des rapports sociaux (de  classe, de genre, d’âge, socio-ethniques etc.), liés aux contextes au sein desquels elles sont générées, maintenues et légitimées (Bohuon, 2012). Ces classifications, en tant que résultats mais aussi comme processus, vont constituer des enjeux (santé, éducation, genre, performance…) de luttes sociales autour de la définition de leurs frontières, des positions respectives de celles-ci et de la place des individus en leur sein (Bohuon, 2016).Dans ce registre, Bohuon a co-dirigé  un second ouvrage collectif s’intitulant « Les liaisons dangereuses de la médecine et du sport » (Bohuon et Quin, 2015), afin d’entamer une plongée socio-historique au sein de la médecine du sport, au cours de la seconde moitié du 20ème siècle. Le but était de travailler à l’interface de la médecine et du sport pour en comprendre les relations, les influences réciproques et les dynamiques convergentes ou divergentes de définition. Les mêmes problématiques se retrouvent à travers l’analyse du rôle des médecins dans l’élaboration des normes d’activité physique pour les seniors (Henaff-Pineau, 2014).

Le recours à la sociohistoire des relations internationales prenant le sport comme analyseur des transformations sociales, culturelles et politiques des pays Africains (les travaux de Kemo-Keimbou) s’inscrit pleinement dans cette orientation scientifique; cela a conduit à analyser  des relations entre les politiques sportives nationales et le système sportif international, insérées dans les problématiques de la mondialisation et à étudier des processus interactifs entre les États et les instances sportives internationales, comme le CIO et les fédérations sportives internationales (FSI)) (Charitas et Kemo-Keimbou, 2013)

L’analyse des acteurs qui portent ses enjeux présente alors une forte pertinence : aussi bien des individus  (dirigeants sportifs, médecins, enseignants .…) que des institutions (le CIO, les CNO, les fédérations nationales, internationales, les états, le TAS...) (Bohuon, 2015, Bohuon et al., à paraître 2017, Henaff-Pineau, 2012, Henaff-Pineau, à paraître 2017, Kemo-Keimbou, 2013).

Cette analyse vient éclairer l’existence de rapports de force, le jeu de positions sociales et contribue à expliquer la consolidation des structures sociales et institutionnelles des activités physiques et sportives ou le rôle des APS dans certaines institutions.

2. Dans le 2nd angle, les travaux de recherche partent de l’ADN de l’activité sportive (règles, codes…) (Hidri, Bohuon, 2014) et/ou de la diversité des modalités de pratique et des trajectoires sportives des pratiquants (Henaff-Pineau, 2014) pour aller jusqu’à une compréhension globale des enjeux socio-politiques qui les façonnent et qu’ils induisent. Ces analyses sur les activités physiques, les pratiques et les pratiquants sont situées à des échelles différentes (locale, régionale, nationale, internationale), dans des périodes, des contextes politiques différents. Par exemple, l’ambition d’analyser les logiques d’institutionnalisation des activités physiques et sportives, comme pratiques culturelles, implique les différentes composantes de celles ci, dans des dynamiques nationales et internationales (Quin, Nicolas et Bohuon, à paraître 2017).  De même sont questionnés le choix et le développement de pratiques et de lieux de pratique adaptés ou réservés à certains publics (les jeunes, les femmes, les seniors, les vulnérables, …(Henaff-Pineau, 2012, et à paraître 2017).